{"id":21363,"date":"2025-03-18T14:26:18","date_gmt":"2025-03-18T13:26:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.soralia.be\/accueil\/?p=21363"},"modified":"2025-03-19T14:57:25","modified_gmt":"2025-03-19T13:57:25","slug":"je-prefere-la-pluie-de-la-belgique-a-la-chaleur-de-lespagne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.soralia.be\/accueil\/je-prefere-la-pluie-de-la-belgique-a-la-chaleur-de-lespagne\/","title":{"rendered":"\u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re la pluie de la Belgique \u00e0 la chaleur de l\u2019Espagne \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-1 fusion-flex-container has-pattern-background has-mask-background nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-flex-wrap:wrap;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row fusion-flex-align-items-flex-start fusion-flex-content-wrap\" style=\"max-width:1248px;margin-left: calc(-4% \/ 2 );margin-right: calc(-4% \/ 2 );\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-0 fusion_builder_column_1_1 1_1 fusion-flex-column\" style=\"--awb-bg-size:cover;--awb-width-large:100%;--awb-margin-top-large:0px;--awb-spacing-right-large:1.92%;--awb-margin-bottom-large:20px;--awb-spacing-left-large:1.92%;--awb-width-medium:100%;--awb-order-medium:0;--awb-spacing-right-medium:1.92%;--awb-spacing-left-medium:1.92%;--awb-width-small:100%;--awb-order-small:0;--awb-spacing-right-small:1.92%;--awb-spacing-left-small:1.92%;\"><div class=\"fusion-column-wrapper fusion-column-has-shadow fusion-flex-justify-content-flex-start fusion-content-layout-column\"><div class=\"fusion-image-element \" style=\"--awb-aspect-ratio:21 \/ 9;--awb-caption-title-font-family:var(--h2_typography-font-family);--awb-caption-title-font-weight:var(--h2_typography-font-weight);--awb-caption-title-font-style:var(--h2_typography-font-style);--awb-caption-title-size:var(--h2_typography-font-size);--awb-caption-title-transform:var(--h2_typography-text-transform);--awb-caption-title-line-height:var(--h2_typography-line-height);--awb-caption-title-letter-spacing:var(--h2_typography-letter-spacing);\"><span class=\" fusion-imageframe imageframe-none imageframe-1 hover-type-none has-aspect-ratio\" style=\"border:1px solid #000000;\"><img decoding=\"async\" width=\"576\" height=\"1024\" title=\"john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash\" src=\"https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-576x1024.jpg\" class=\"img-responsive wp-image-21371 img-with-aspect-ratio\" data-parent-fit=\"cover\" data-parent-container=\".fusion-image-element\" alt srcset=\"https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-200x356.jpg 200w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-400x711.jpg 400w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-600x1067.jpg 600w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-800x1423.jpg 800w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-1200x2134.jpg 1200w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/john-rodenn-castillo-_BBPbZGCrkw-unsplash-scaled.jpg 1440w\" sizes=\"(max-width: 640px) 100vw, 1200px\" \/><\/span><\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-1\"><h5><strong>Elles vivent \u00e0 Li\u00e8ge ou \u00e0 Mouscron. Mais avant cela, elles \u00e9taient au Maroc, au Ghana, en Azerba\u00efdjan, en Colombie, en Syrie\u2026 Des femmes venues de tous horizons nous racontent comment elles sont arriv\u00e9es en Belgique.<\/strong><\/h5>\n<\/div><div class=\"fusion-text fusion-text-2\"><p><strong>ZINEB<\/strong><\/p>\n<p>Je viens du Maroc. Je suis arriv\u00e9e en Espagne \u00e0 11 ans et j\u2019y ai habit\u00e9 pendant 15 ans. Ma m\u00e8re, ma soeur et moi avons rejoint mon p\u00e8re qui y vivait depuis plusieurs ann\u00e9es. En 2014, j\u2019ai rencontr\u00e9 mon mari, je me suis mari\u00e9e un an plus tard et j\u2019ai commenc\u00e9 une formation d\u2019aide-soignante. J\u2019ai eu mon premier fils en 2017 \u00e0 19 ans et mon deuxi\u00e8me fils pendant le COVID.<\/p>\n<p>Nous avons voulu changer de pays pour le futur de mes enfants. Je ne connaissais personne en Belgique. Mon mari est arriv\u00e9 en ao\u00fbt avec un ami. Ils ont cherch\u00e9 un appartement et nous l\u2019avons rejoint avec les enfants en d\u00e9cembre 2023. J\u2019aime beaucoup Li\u00e8ge, c\u2019est une belle ville. Je pense que la Belgique est un bon pays pour le futur de mes enfants parce qu\u2019ici tout le monde a les m\u00eames droits, tous les enfants sont \u00e9gaux. J\u2019ai en tous cas ce sentiment. Il y a beaucoup de gens de divers pays. J\u2019aime aussi beaucoup la langue fran\u00e7aise. Il y a beaucoup de mots qui se rapprochent de l\u2019espagnol et du catalan, deux langues que je parle. Je pr\u00e9f\u00e8re la pluie de la Belgique \u00e0 la chaleur de l\u2019Espagne (rires).<\/p>\n<p><strong>PEACE<\/strong><\/p>\n<p>Je suis togolaise. Je suis venue en Belgique avec le regroupement familial. On s\u2019\u00e9tait mari\u00e9s au pays avec mon mari avant qu\u2019il ne d\u00e9cide de partir s\u2019installer en Belgique. Je l\u2019ai attendu 10 ans avant de le rejoindre. On ne s\u2019est vu qu\u2019une seule fois pendant ces dix ann\u00e9es.<\/p>\n<p>En venant en Belgique, je pensais retrouver ma famille, mais \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. On \u00e9tait devenu des \u00e9trangers mon mari et moi. Il s\u2019\u00e9tait mis en couple avec une autre femme avant de nous faire venir, ce que nous ne savions pas mon fils et moi. Tous les jours, nous nous disputions. Il m\u2019a demand\u00e9 de retourner au pays. J\u2019\u00e9tais coinc\u00e9e. Je ne savais pas si je devais retourner ou rester en Belgique. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de rester ici, mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un vrai combat.<\/p>\n<p>Il a tout fait pour me faire partir, pour me d\u00e9courager. Il a \u00e9crit \u00e0 l\u2019Office des \u00e9trangers. On a essay\u00e9 de me faire quitter le territoire, car mon mari a menti en disant que je ne travaillais pas et que je venais pour toucher le CPAS. On m\u2019a dit que j\u2019allais \u00eatre pay\u00e9e pour rentrer au pays [ce qu\u2019on appelle le retour volontaire NDLR]. J\u2019ai pris un avocat et il m\u2019a d\u00e9fendu en expliquant que je n\u2019avais jamais demand\u00e9 le CPAS, que c\u2019\u00e9tait mon mari qui avait \u00e9crit \u00e0 l\u2019Office des \u00e9trangers.<\/p>\n<p>J\u2019ai fini par obtenir mes papiers, pas avec le regroupement familial, mais comme si c\u2019\u00e9tait moi qui avais fait la demande. [Comme l\u2019explique Leslie, dans le cadre d\u2019un regroupement familial, il faut rester 5 ans avec la\u00b7le conjoint\u00b7e en Belgique pour obtenir soi-m\u00eame des papiers, ce qui est probl\u00e9matique dans des cas de violences NDLR]. Maintenant, je suis autonome. Je vais mieux aujourd\u2019hui, l\u2019ann\u00e9e prochaine je termine mon contrat article 60. Apr\u00e8s je vais rechercher du travail ou peut-\u00eatre ouvrir mon salon de coiffure. J\u2019ai parcouru un grand chemin en obtenant mes papiers.<\/p>\n<p><em>Avec le soutien de la Maison des femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs (Soralia Li\u00e8ge), Peace a pass\u00e9 son permis, a appris \u00e0 rouler \u00e0 v\u00e9lo et travaille aujourd\u2019hui sur la th\u00e9matique du logement. Comme l\u2019explique Leslie, qui y est animatrice, \u00ab un combat en chasse un autre \u00bb. Peace travaille actuellement au sein de la Maison des femmes. <\/em><\/p>\n<p><strong>KARIMA<\/strong><\/p>\n<p>En venant en Europe par regroupement familial, je pensais que j\u2019allais avoir une vie heureuse avec mon ex-mari et notre enfant.<\/p>\n<p>Nous nous \u00e9tions mari\u00e9s au Maroc et il vivait en Belgique. Il revenait une fois par an. Je ne le connaissais pas tr\u00e8s bien, il ne restait pas tr\u00e8s longtemps, un mois maximum. Il montrait sa meilleure image, pas ses mauvais c\u00f4t\u00e9s. C\u2019\u00e9tait tr\u00e8s difficile de m\u2019installer en Belgique, je n\u2019avais pas de famille. Je me suis retrouv\u00e9e toute seule dans une ville qui n\u2019avait pas mes traditions et ma langue. J\u2019avais l\u2019habitude d\u2019\u00eatre entour\u00e9e. L\u00e0, je passais mes journ\u00e9es seule avec mon fils. Je n\u2019osais pas non plus aller dans les magasins. Je ne comprenais pas les prix, j\u2019avais peur de ne pas avoir assez d\u2019argent parce qu\u2019il ne me laissait presque rien, c\u2019\u00e9tait lui qui faisait les courses.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai v\u00e9cu avec mon mari en Belgique, j\u2019ai vu son vrai visage. Je me suis retrouv\u00e9e toute seule avec trois enfants dans une vie que je n\u2019avais pas imagin\u00e9e. J\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 retourner au Maroc, mais une personne qui me connaissait bien m\u2019a dit que personne ne m\u2019attendait l\u00e0-bas, surtout avec trois enfants. Alors qu\u2019en Belgique j\u2019allais \u00eatre soutenue par la loi pour mes enfants et moi. J\u2019ai compris qu\u2019il avait raison. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de rester, pour mes enfants, parce que je n\u2019\u00e9tais pas toute seule. J\u2019ai fait mon chemin, \u00e9tape par \u00e9tape. Je n\u2019avais pas le choix d\u2019\u00eatre courageuse, il fallait que je le sois pour mes enfants.<\/p>\n<p>Je suis tomb\u00e9e trois fois en d\u00e9pression. Je gu\u00e9ris tout doucement. Aujourd\u2019hui, je suis tr\u00e8s contente m\u00eame si c\u2019est difficile de vivre seule dans un pays \u00e9tranger. Il y a beaucoup de choses qui me manquent et j\u2019ai du mal \u00e0 trouver du temps pour moi.<\/p>\n<p><strong>ANONYME<\/strong><\/p>\n<p>Je suis venue en Belgique \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 8 ans. C\u2019est mon oncle qui m\u2019a adopt\u00e9e alors qu\u2019il vivait en Belgique et travaillait \u00e0 la mine. Il n\u2019avait pas d\u2019enfants et il m\u2019a emmen\u00e9e, car il \u00e9tait tout seul. Ma m\u00e8re ne voulait pas que je parte, mais mon oncle a insist\u00e9. Il \u00e9tait comme mon p\u00e8re. J\u2019ai 4 soeurs et 4 fr\u00e8res au Maroc, tous n\u2019\u00e9taient pas encore n\u00e9s quand je suis partie. Tous sont rest\u00e9s l\u00e0-bas.<\/p>\n<p>Je suis rentr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9cole en Flandre \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 10 ans et \u00e0 18 ans je me suis mari\u00e9e. Je suis venue \u00e0 Li\u00e8ge et je me suis occup\u00e9e de mes 5 enfants. Je n\u2019ai pas \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole en fran\u00e7ais parce qu\u2019il fallait s\u2019en occuper. Aujourd\u2019hui, maintenant que je suis vieille, je vais \u00e0 l\u2019\u00e9cole (rires) [Cette personne suit des cours d\u2019alphab\u00e9tisation au sein de la Maison des femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs \u00e0 Li\u00e8ge NDLR].<\/p>\n<p>J\u2019aime bien le Maroc et la Belgique. Mais, m\u00eame si le Maroc est mon pays, je ne le connais pas, je suis comme une \u00e9trang\u00e8re. J\u2019ai eu une belle vie ici avec mon oncle, mon mari et mes enfants. Mes parents sont d\u00e9c\u00e9d\u00e9s tous les deux. C\u2019\u00e9tait dur de ne pas grandir avec eux. J\u2019allais les voir, mais je ne restais jamais longtemps. Je n\u2019ai pas profit\u00e9 avec eux. Mais c\u2019est comme \u00e7a, c\u2019est la vie.<\/p>\n<p><strong>RITA<\/strong><\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9e en 2005 pour plein de raisons\u2026 c\u2019est une longue histoire. J\u2019\u00e9tais seule et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 beaucoup aid\u00e9e en arrivant ici.<\/p>\n<p>En Belgique, l\u2019\u00e9ducation c\u2019est vraiment important, alors que chez moi au Ghana, les filles n\u2019\u00e9tudient pas. Comme au Ghana on parle anglais, j\u2019ai appris le fran\u00e7ais pour pouvoir \u00e9changer avec les gens quand je suis arriv\u00e9e en Belgique. Puis quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la Maison des femmes, j\u2019ai appris \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>Avant, j\u2019avais peur de faire d\u2019autres activit\u00e9s, mais Sadia [animatrice de la Maison des femmes d\u2019ici et d\u2019ailleurs NDLR] m\u2019a pouss\u00e9e \u00e0 faire du th\u00e9\u00e2tre. \u00c7a m\u2019a beaucoup ouvert. Aujourd\u2019hui, je fais plein d\u2019activit\u00e9s ici. Quand tu viens \u00e0 la Maison des femmes avec des soucis, tu en ressors avec de la joie. On est accueilli ici sans discrimination.<\/p>\n<p>J\u2019ai aussi rencontr\u00e9 beaucoup de politiques. J\u2019ai crois\u00e9 Christie Morreale, Paul Magnette, Willy de Meyer. Je leur ai pos\u00e9 beaucoup de questions, je n\u2019ai pas peur. Je ne le fais pas uniquement pour moi, mais aussi pour d\u2019autres personnes qui ont des besoins. Je suis de tous les combats, j\u2019en ai besoin. La vie continue, elle est devant moi.<\/p>\n<p><strong>TOURIYA<\/strong><\/p>\n<p>Je suis n\u00e9e au Maroc. Je n\u2019avais jamais pens\u00e9 vivre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Mon mari a perdu son papa alors que toute sa famille vivait en Belgique depuis pr\u00e8s de 40 ans. Il s\u2019est rendu compte qu\u2019il n\u2019avait pas pu profiter de son papa et qu\u2019il ne voyait pas beaucoup sa maman alors qu\u2019elle \u00e9tait encore en vie. Il a fait des d\u00e9marches \u00e0 l\u2019ambassade belge du Maroc pour obtenir ses papiers avant que la loi ne change en 2013 (maintenant, c\u2019est plus compliqu\u00e9). Il a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 \u00e0 plusieurs audiences en Belgique et ils lui ont donn\u00e9 sa nationalit\u00e9 apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es. Il m\u2019a ensuite propos\u00e9 de le rejoindre. Mais ma m\u00e8re \u00e9tait alit\u00e9e donc je ne suis pas partie tout de suite. Quand ma m\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, nous avons commenc\u00e9 les proc\u00e9dures de regroupement familial. J\u2019ai d\u2019abord envoy\u00e9 mon fils puis ma fille. Je suis rest\u00e9e presque 4 ans sans les voir.<\/p>\n<p>J\u2019\u00e9tais infirmi\u00e8re sage-femme depuis 21 ans et j\u2019ai pris ma retraite anticip\u00e9e. Je suis arriv\u00e9e en Belgique en 2017. Les gens pensent qu\u2019on est venus ici pour toucher le CPAS. Mais \u00e7a ne nous est jamais arriv\u00e9. Mon mari a tout de suite travaill\u00e9, d\u2019abord en int\u00e9rim puis deux mois apr\u00e8s il a trouv\u00e9 un travail.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, ce n\u2019\u00e9tait pas facile, mais quand je suis arriv\u00e9e \u00e0 la Maison des femmes j\u2019ai fait plein de choses. J\u2019ai d\u00e9couvert beaucoup de choses et j\u2019ai chang\u00e9 avec tout \u00e7a. C\u2019est un lieu o\u00f9 l\u2019on est toujours \u00e9cout\u00e9es. Quand on a des probl\u00e8mes administratifs, on vient poser des questions ici est on est orient\u00e9es. C\u2019est comme une famille.<\/p>\n<p><strong>LINA<\/strong><\/p>\n<p>Quand je suis arriv\u00e9e en Belgique, j\u2019avais 22 ans. J\u2019\u00e9tais enceinte. Je me suis enfuie \u00e0 cause de la guerre, car la situation \u00e9tait catastrophique dans mon pays, la Syrie. L\u2019universit\u00e9 avait \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e et je ne pouvais pas continuer mes \u00e9tudes d\u2019ing\u00e9nieure biom\u00e9dicale. On entendait tout le temps le bruit des bombes, des pistolets. J\u2019ai perdu mon p\u00e8re \u00e0 cause de la guerre. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de m\u2019enfuir en 2015 avec mon mari.<\/p>\n<p>Chez nous, les hommes doivent faire leur service militaire obligatoire. Pendant ce service, tu ne peux pas voyager, avoir un passeport. Le plan \u00e9tait que je parte en premi\u00e8re et qu\u2019il me suive d\u00e8s que possible pour que l\u2019on continue la travers\u00e9e ensemble. J\u2019avais peur de voyager en \u00e9tant enceinte, car j\u2019avais entendu beaucoup d\u2019histoire de personnes mortes en mer. Mais en Syrie, c\u2019est aussi la mort qui m\u2019attendait. Je pr\u00e9f\u00e9rais tenter de vivre en risquant de mourir plut\u00f4t que de rester l\u00e0. Je suis partie avec mes deux beauxfr\u00e8res, mais ils ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9cup\u00e9r\u00e9s par le r\u00e9gime syrien \u00e0 la fronti\u00e8re. Je me suis retrouv\u00e9e toute seule. C\u2019\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je voyageais. Je n\u2019avais pas de t\u00e9l\u00e9phone pour pr\u00e9venir ma m\u00e8re ou mon mari. Je suis pass\u00e9e par le Liban puis j\u2019ai rejoint la Turquie. J\u2019ai pu enfin pr\u00e9venir ma famille. Mon mari m\u2019a expliqu\u00e9 que ses deux fr\u00e8res \u00e9taient revenus en Syrie et que je ne pouvais pas rester en Turquie. Je ne connaissais rien \u00e0 ce pays et je ne parlais pas turc. J\u2019avais peur et lui aussi, car j\u2019\u00e9tais seule. Lui ne pouvait pas fuir pendant son service militaire, car toute sa famille \u00e9tait menac\u00e9e par le r\u00e9gime s\u2019il partait.<\/p>\n<p>En en parlant \u00e0 ma m\u00e8re, celle-ci m\u2019a dit de ne surtout pas revenir et de tenter ma chance. Ce que j\u2019ai fait.<\/p>\n<p>Quand j\u2019y repense, je me dis que j\u2019\u00e9tais folle. J\u2019ai revendu ma bague et mon t\u00e9l\u00e9phone pour pouvoir continuer mon voyage. Je n\u2019avais aucun m\u00e9dicament, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 avoir des contractions en Turquie, mais je n\u2019ai os\u00e9 rien dire, car je ne voulais pas rester dans ce pays. Mon but, c\u2019\u00e9tait la Belgique parce que mon oncle et mes fr\u00e8res y vivaient.<\/p>\n<p>J\u2019ai essay\u00e9 trois fois de traverser en bateau. La premi\u00e8re fois \u00e9tait la pire. J\u2019avais un gros ventre avec mon b\u00e9b\u00e9 qui bougeait \u00e9norm\u00e9ment. J\u2019ai grimp\u00e9 une montagne tr\u00e8s raide puis je suis redescendue pour rejoindre la plage et monter dans un bateau vers la Gr\u00e8ce. C\u2019\u00e9tait fin novembre, il faisait tr\u00e8s froid. On a attendu jusque minuit dans le froid que le bateau arrive. Il faisait tr\u00e8s noir, on ne voyait rien.<\/p>\n<p>Le bateau a commenc\u00e9 sa travers\u00e9e. \u00c0 bord, il y avait beaucoup de femmes, d\u2019hommes et d\u2019enfants et m\u00eame une personne en chaise roulante. Tout \u00e0 coup, l\u2019eau a commenc\u00e9 \u00e0 monter. Tout le monde s\u2019est mis \u00e0 pleurer et crier. On \u00e9tait dans une cale donc on ne pouvait pas voir la mer. Je me suis accroch\u00e9e tr\u00e8s fort au m\u00e2t. Le passeur a sorti un pistolet. Il nous a menac\u00e9s en nous demandant de nous taire ou sinon, il tirait. Nous avons fait demi-tour. Je ne sais pas comment on a r\u00e9ussi \u00e0 revenir sur la plage, car je pensais vraiment que nous allions couler.<\/p>\n<p>La seconde fois, les militaires turcs ont r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 le bateau et attrap\u00e9 les passeurs. Je suis rest\u00e9e 15 jours encore en Turquie pour tenter ma chance une troisi\u00e8me fois. On \u00e9tait 40-45 dans un bateau gonflable. Avec mon ventre, je n\u2019ai pas pu mettre de gilet de sauvetage, car je n\u2019arrivais pas \u00e0 l\u2019attacher\u2026 mais je devais continuer.<\/p>\n<p>Dans les eaux territoriales, la mer \u00e9tait tr\u00e8s noire et donc profonde. J\u2019avais le vertige, car si nous \u00e9tions renvers\u00e9s, je n\u2019avais pas de gilet. En plus, je n\u2019avais pas pr\u00e9venu ma famille que je traversais ce jour-l\u00e0, car je ne voulais pas les inqui\u00e9ter. En pleine mer, le bateau s\u2019est arr\u00eat\u00e9. Il n\u2019y avait plus d\u2019essence et le bidon de secours \u00e9tait rest\u00e9 sur la plage. Les gens ont eu peur et le bateau a commenc\u00e9 \u00e0 tanguer, l\u2019eau s\u2019est infiltr\u00e9e. Une personne syrienne qui \u00e9tait avec sa femme et son b\u00e9b\u00e9 d\u2019un mois s\u2019est mis debout. Il a dit que si sa femme et son fils mouraient, on mourrait tous. Soit on arrivait tous ensemble, soit on mourait tous ensemble. Il a pris deux personnes pour ramer et a demand\u00e9 aux autres de garder leur calme. \u00c7a a pris presque 4 heures, car le courant nous ramenait en arri\u00e8re. Quand on est arriv\u00e9s \u00e0 proximit\u00e9 des c\u00f4tes, on est tous descendus du bateau, j\u2019avais pied et j\u2019ai rejoint la plage. La Croix-Rouge m\u2019a r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e. Je tremblais beaucoup. Ils m\u2019ont fait des prises de sang parce qu\u2019ils ont vu que j\u2019\u00e9tais enceinte. Mon taux de sucre \u00e9tait tr\u00e8s bas et ils voulaient que je reste sur place. J\u2019avais mal, mon ventre se serrait, mais je ne voulais pas rester l\u00e0-bas. J\u2019ai dit que j\u2019\u00e9tais en forme et que je voulais continuer la travers\u00e9e. J\u2019ai pu repartir.<\/p>\n<p>C\u2019est la travers\u00e9e en mer qui a \u00e9t\u00e9 le plus difficile. Depuis, j\u2019ai peur d\u2019aller \u00e0 la mer avec ma famille. Je ne peux m\u00eame pas la regarder, je ne peux plus toucher l\u2019eau.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s, nous avons continu\u00e9 en marchant et en nous d\u00e9pla\u00e7ant en voiture de fa\u00e7on ill\u00e9gale. Je ne connaissais pas le conducteur ou les gens qui traversaient avec moi. J\u2019avais peur d\u2019\u00eatre kidnapp\u00e9e, car certains passeurs volent les organes et abandonnent les corps en for\u00eat [1].<\/p>\n<p>Pendant le voyage, j\u2019ai rencontr\u00e9 une autre femme syrienne enceinte. Je lui ai expliqu\u00e9 que j\u2019avais peur d\u2019accoucher avant d\u2019arriver en Belgique, car c\u2019est difficile de traverser avec un b\u00e9b\u00e9. Elle a partag\u00e9 ses m\u00e9dicaments pour \u00e9viter d\u2019accoucher trop vite.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un long voyage, mais j\u2019ai fini par arriver aupr\u00e8s de mon oncle et de mes fr\u00e8res dans un centre. J\u2019ai perdu beaucoup de poids en route, car j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s stress\u00e9e.<\/p>\n<p>J\u2019ai accouch\u00e9 deux semaines apr\u00e8s mon arriv\u00e9e. Apr\u00e8s 9 mois, j\u2019ai obtenu mon titre de s\u00e9jour et ma fille l\u2019a eu en m\u00eame temps. J\u2019ai pu faire ensuite le regroupement familial pour mon mari. Un an et demi apr\u00e8s mon arriv\u00e9e, il m\u2019a rejoint. Il n\u2019avait encore jamais vu sa fille, sauf en photo. J\u2019ai ensuite eu deux gar\u00e7ons. Ma m\u00e8re est encore rest\u00e9e en Syrie 6 ans avant de nous rejoindre.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, mon mari travaille, mes enfants sont \u00e0 l\u2019\u00e9cole et moi j\u2019apprends le fran\u00e7ais. C\u2019est tr\u00e8s bien qu\u2019on soit ici.<\/p>\n<p>La Belgique est mieux que d\u2019autres pays par rapport au racisme. Mais il y a quand m\u00eame des situations compliqu\u00e9es. On est r\u00e9fugi\u00e9s ici pour des raisons politiques, pas \u00e9conomiques. On est partis, car on voulait vivre libres et en s\u00e9curit\u00e9. La libert\u00e9 est un mot interdit chez nous.<\/p>\n<p>J\u2019ai h\u00e2te que mes enfants grandissent pour leur raconter \u00e7a et leur expliquer tout ce qu\u2019on a fait \u00e7a pour leur offrir une belle vie.<\/p>\n<p>Mon r\u00eave c\u2019est de terminer mes \u00e9tudes. J\u2019ai commenc\u00e9 ma formation d\u2019assistante pharmacienne, j\u2019ai r\u00e9ussi tous mes examens de premi\u00e8re ann\u00e9e, mais je n\u2019ai pas trouv\u00e9 de place en cr\u00e8che pour mon fils. J\u2019attends donc que mes enfants grandissent un peu, car c\u2019est difficile d\u2019\u00e9tudier avec eux. Je r\u00eave d\u2019avoir un dipl\u00f4me et d\u2019avoir la chance de travailler.<\/p>\n<p><strong>FARAH ET ASMAR<\/strong><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" class=\"alignnone wp-image-21364\" src=\"https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-769x1024.jpg\" alt=\"\" width=\"349\" height=\"465\" srcset=\"https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-200x266.jpg 200w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-400x533.jpg 400w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-500x666.jpg 500w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-600x799.jpg 600w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-700x932.jpg 700w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-768x1023.jpg 768w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-769x1024.jpg 769w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-800x1065.jpg 800w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-1154x1536.jpg 1154w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1-1200x1598.jpg 1200w, https:\/\/www.soralia.be\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/3.ASMAR-ET-FARAH-1.jpg 1538w\" sizes=\"(max-width: 349px) 100vw, 349px\" \/><\/p>\n<p><strong>FARAH :<\/strong> On habite au centre Fedasil2 depuis presque 6 ans. On est arriv\u00e9s avec maman et on vit toutes les 3 ensemble. J\u2019ai 29 ans\u2026<\/p>\n<p><strong>ASMAR :<\/strong> \u2026 et moi 30 ans. On vient d\u2019Azerba\u00efdjan. On est arriv\u00e9es \u00e0 Mouscron en f\u00e9vrier 2019.<\/p>\n<p><strong>F :<\/strong> Lorsqu\u2019on est arriv\u00e9es au centre le premier jour, les personnes ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s gentilles avec nous. On a \u00e9t\u00e9 accueillies avec des fleurs et tout le monde nous a dit bonjour [3].<\/p>\n<p><strong>A :<\/strong> On a travers\u00e9 la Russie et la Pologne pour rejoindre la Belgique en avion et en voiture. On n\u2019avait pas choisi de pays en particulier, mais on aime bien la Belgique. Un jour lors d\u2019un concert quelqu\u2019un m\u2019a demand\u00e9 d\u2019o\u00f9 je venais et je lui ai r\u00e9pondu \u00ab Fedasil Mouscron \u00bb en fait il me demandait de quel pays je venais (rires). C\u2019est notre premi\u00e8re maison ici. On a tr\u00e8s vite travaill\u00e9 au service animation de Fedasil [il s\u2019agit d\u2019un travail communautaire. Celui-ci permet aux b\u00e9n\u00e9ficiaires du centre de Fedasil d\u2019effectuer des t\u00e2ches en interne comme le nettoyage et d\u2019\u00eatre r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es 1,90 euro de l\u2019heure NDLR].<\/p>\n<p><strong>F :<\/strong> On a par exemple beaucoup travaill\u00e9 pendant le COVID, on s\u2019occupait des enfants au service animation. Les trois mois durant lesquels on n\u2019avait plus le droit d\u2019animer, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s dur\u2026<\/p>\n<p><strong>A :<\/strong> \u2026 parce que le travail nous permettait d\u2019oublier les difficult\u00e9s de la proc\u00e9dure pour obtenir nos papiers. Gr\u00e2ce \u00e0 cette exp\u00e9rience, je travaille aujourd\u2019hui \u00e0 la Ruche [une maison de jeunes mouscronnoise qui se trouve \u00e0 proximit\u00e9 du centre Fedasil NDLR]. Avant d\u2019obtenir cet emploi, ma soeur et moi y \u00e9tions parfois b\u00e9n\u00e9voles. Quand j\u2019ai vu qu\u2019il y avait un poste j\u2019ai postul\u00e9 et j\u2019ai obtenu un travail ici \u00e0 temps plein.<\/p>\n<p><strong>F :<\/strong> Moi je travaille encore au centre, mais j\u2019ai commenc\u00e9 des cours du soir en couture. Je cherche en parall\u00e8le un travail \u00e0 mi-temps. J\u2019aimerais apr\u00e8s mes \u00e9tudes soit continuer de m\u2019occuper des enfants soit cr\u00e9er un atelier de couture.<\/p>\n<p><strong>A :<\/strong> On fait plein d\u2019autres activit\u00e9s. On a commenc\u00e9 les Beaux-arts et on suit des cours d\u2019arts plastiques en cours du soir. Dans mon pays, j\u2019\u00e9tudiais en tant que Graphic Designer. Quand les animateurs se sont rendu compte que je dessinais bien, ils m\u2019ont propos\u00e9 de faire des illustrations pour le centre. On a d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 notre travail. J\u2019ai aussi cr\u00e9\u00e9 des illustrations pour des chaussettes \u00ab Lets do goods \u00bb [projet caritatif dont une partie des b\u00e9n\u00e9fices sont envoy\u00e9s \u00e0 des structures NDLR]. J\u2019aime aussi chanter et je participe aux concerts et aux activit\u00e9s du centre. J\u2019ai aussi travaill\u00e9 avec la Fr\u00e9gate pour la Semaine des droits de l\u2019enfant. On a fait des grimages pour des activit\u00e9s comme les 24 h de Mouscron, le Relais pour la vie\u2026<\/p>\n<p><strong>F :<\/strong> Moi j\u2019ai aussi fait du th\u00e9\u00e2tre !<\/p>\n<p><strong>A :<\/strong> Il y a trois ans, nous avons \u00e9galement rejoint le projet Younited Belgium [un projet qui permet \u00e0 des personnes vuln\u00e9rables comme les migrant\u00b7e\u00b7s de pouvoir suivre des cours de football et de participer \u00e0 des tournois NDLR]. On a rencontr\u00e9 beaucoup de gens et on a appris \u00e0 jouer au foot.<\/p>\n<p><strong>F :<\/strong> C\u2019est un projet magnifique. On n\u2019est pas des professionnelles, mais on adore participer \u00e0 des tournois alors qu\u2019avant on ne connaissait rien \u00e0 ce sport.<\/p>\n<p><strong>A :<\/strong> Gr\u00e2ce \u00e0 notre proc\u00e9dure de r\u00e9gularisation, on a eu notre titre de s\u00e9jour. On a trouv\u00e9 un appartement et on va quitter le centre en janvier. On est contentes d\u2019avoir trouv\u00e9 ce logement, car on sait que c\u2019est difficile pour les gens de Fedasil de trouver quelque chose. C\u2019est gr\u00e2ce aux gens que l\u2019on a rencontr\u00e9s et \u00e0 notre propri\u00e9taire que l\u2019on a r\u00e9ussi [4]. On est \u00e0 6 minutes du centre. Quand on aura du temps, on va y retourner. C\u2019est comme notre maison et les enfants dont nous nous sommes occup\u00e9s vont beaucoup nous manquer. J\u2019ai plein de projets en t\u00eate. L\u00e0, pour l\u2019instant, on a un projet entre Fedasil et La Ruche, on va participer \u00e0 un concours pour le Ramdam Festival [un festival de cin\u00e9ma \u00e0 Tournai NDLR], on va leur envoyer un film. Plus tard, j\u2019aimerais vraiment devenir artiste.<\/p>\n<p><strong>F :<\/strong> Moi je r\u00eave d\u2019ouvrir mon atelier de couture, mais j\u2019aime aussi beaucoup travailler avec les enfants. Je vais devoir choisir entre mes deux passions et j\u2019avance \u00e9tape par \u00e9tape. C\u2019est comme un m\u00e9dicament pour moi de pouvoir faire \u00e7a.<\/p>\n<p><strong>MARTHA<\/strong><\/p>\n<p>Dans mon pays d\u2019origine, la Colombie, il y a beaucoup d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. Certaines personnes n\u2019osent m\u00eame pas se d\u00e9placer avec leurs enfants. Il y a aussi beaucoup de corruption. Les gouvernants sont souvent soutenus par les groupes arm\u00e9s. Ils disent que tout va bien dans notre pays, mais c\u2019est faux. Les gens qui arrivent au pouvoir ne servent que leurs int\u00e9r\u00eats et ceux des gens qui les ont aid\u00e9s \u00e0 monter au pouvoir.<\/p>\n<p>Beaucoup de personnes ont des comportements violents pour se d\u00e9charger d\u2019un mal-\u00eatre interne. Beaucoup d\u2019enfants se retrouvent impliqu\u00e9s dans des groupes arm\u00e9s, certains enfants sont enlev\u00e9s, s\u00e9questr\u00e9s et viol\u00e9s.<\/p>\n<p>Mon fils est autiste. Il a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un harc\u00e8lement tr\u00e8s violent. Il se faisait frapper et on lui a cass\u00e9 ses lunettes plusieurs fois.<\/p>\n<p>C\u2019est un enfant dans un corps d\u2019adulte. Quand il fait des crises, il fuit et parle aux gens dehors de fa\u00e7on incoh\u00e9rente. Un jour, il s\u2019est rendu dans une zone dirig\u00e9e par un groupe arm\u00e9 dans laquelle il ne pouvait pas aller. Lui ne comprenait pas cette d\u00e9limitation. Il a \u00e9t\u00e9 tabass\u00e9, on a essay\u00e9 de le tuer. Les personnes qui l\u2019ont attaqu\u00e9 se sont justifi\u00e9es en disant que sa tenue ressemblait \u00e0 celle d\u2019un autre homme qui \u00e9tait recherch\u00e9.<\/p>\n<p>On a kidnapp\u00e9 ma deuxi\u00e8me fille, sur le chemin qu\u2019elle prenait habituellement pour rentrer de l\u2019\u00e9cole. Elle avait 14 ans. Elle a disparu pendant plusieurs heures. Lorsqu\u2019on l\u2019a retrouv\u00e9e, elle \u00e9tait dans un \u00e9tat horrible, mais n\u2019a jamais expliqu\u00e9 ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9, car elle craignait pour sa vie.<\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans une autre r\u00e9gion de Colombie apr\u00e8s cela. Mon mari voyageait beaucoup dans le cadre de son travail. Certaines r\u00e9gions du pays sont dirig\u00e9es par des groupes et ceux-ci trouvaient suspect que mon mari se d\u00e9place beaucoup. Ils ont cru qu\u2019il \u00e9tait un espion pour un autre groupe ou un autre \u00e9tat. Ces groupes d\u00e9tiennent \u00e9norm\u00e9ment d\u2019informations plus pr\u00e9cises que celles des services secrets. Il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu pendant 15 jours. On lui a dit que s\u2019il ne quittait pas le pays, sa famille \u00e9tait en grand danger. C\u2019est l\u00e0 que l\u2019id\u00e9e de partir est n\u00e9e.<\/p>\n<p>En Colombie, mon fils ne disposait pas de traitement pour ses probl\u00e8mes de sant\u00e9 mentale. Il faut passer par des centres sp\u00e9ciaux et obtenir des documents sp\u00e9cifiques, ce qui est tr\u00e8s difficile \u00e0 obtenir. Il a finalement re\u00e7u un traitement adapt\u00e9 avec des m\u00e9dicaments fabriqu\u00e9s en Belgique. C\u2019est comme \u00e7a que nous avons d\u00e9cid\u00e9 de nous rendre dans ce pays.<\/p>\n<p>Quand nous sommes arriv\u00e9s ici en mai 2019 avec toute la famille, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 un soulagement total. On s\u2019est senti en paix et en s\u00e9curit\u00e9 pour la premi\u00e8re fois. Mon fils a pu obtenir une vraie prise en charge m\u00e9dicale, adapt\u00e9e \u00e0 ses besoins. Ses progr\u00e8s depuis sont tr\u00e8s importants. Il va bien et il est heureux, il parle et s\u2019exprime. Il participe aussi \u00e0 beaucoup d\u2019activit\u00e9s.<\/p>\n<p>Au bout de 4 mois ici, mon mari a obtenu un permis de travail. De mon c\u00f4t\u00e9, j\u2019effectuais du travail communautaire \u00e0 Fedasil.<\/p>\n<p>La Belgique est un pays plein d\u2019opportunit\u00e9s. J\u2019esp\u00e8re avoir mon titre de s\u00e9jour pour avoir une vie normale comme beaucoup d\u2019autres gens. Je souhaite vraiment rester en Belgique et que ma famille vive dans la m\u00eame ville que moi [une de ses filles est partie avec son mari \u00e0 Arlon NDLR]. J\u2019aimerais vraiment travailler et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a, j\u2019aimerais enseigner ce que Dieu m\u2019a permis de s&rsquo;avoir \u00e0 d\u2019autres personnes pour partager humblement mes connaissances en couture, en tricot, en cuisine.<\/p>\n<h5><em>Propos recueillis par Elise Voillot, charg\u00e9e de communication Soralia ; Avec le soutien de Leslie Laurent et Samira Bouguerra, animatrices Soralia, et de Yohann Miessen, m\u00e9diateur au Centre Fedasil Mouscron<\/em><\/h5>\n<p>[1] Notes de la r\u00e9daction : il y a bien des trafics d\u2019organes connus au Proche-Orient. Cependant, nos propres recherches n\u2019ont pas permis d\u2019identifier de source s\u00fbre que de tels trafics existent en Europe. Ces informations circulent n\u00e9anmoins entre personnes migrantes et entretiennent un climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 et de peur tout au long du trajet migratoire.<\/p>\n<p>[2] Le centre Fedasil de Mouscron est le plus important centre ouvert accueillant des r\u00e9fugi\u00e9\u2219e\u2219s en Belgique. Il a l\u2019avantage d\u2019\u00eatre implant\u00e9 au coeur de la ville contrairement \u00e0 d\u2019autres centres parfois tr\u00e8s isol\u00e9s. Cela permet aux r\u00e9sident\u00b7e\u00b7s de s\u2019int\u00e9grer plus facilement au sein de la commune.<\/p>\n<p>[3] Comme l\u2019explique Samira, animatrice Soralia en Wallonie picarde, les gens venaient \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans des bus remplis. Les associations impliqu\u00e9es au sein du centre Fedasil ont voulu offrir un accueil digne et humain aux arrivant\u00b7e\u00b7s et ont donc offert des petits cadeaux.<\/p>\n<p>[4] Comme l\u2019explique Samira, animatrice Soralia en Wallonie picarde, Asmar, Farah et leur maman se sont constitu\u00e9es un r\u00e9seau important en dehors du centre en s\u2019impliquant activement dans de nombreux projets. C\u2019est notamment \u00e7a qui leur a permis de trouver un logement \u00e0 Mouscron. Il est en effet tr\u00e8s difficile pour des personnes migrantes de trouver un appartement malgr\u00e9 parfois des contrats de travail stables, car il y a beaucoup de racisme.<\/p>\n<\/div><\/div><\/div><\/div><\/div><div class=\"fusion-fullwidth fullwidth-box fusion-builder-row-2 fusion-flex-container has-pattern-background has-mask-background nonhundred-percent-fullwidth non-hundred-percent-height-scrolling\" style=\"--awb-border-radius-top-left:0px;--awb-border-radius-top-right:0px;--awb-border-radius-bottom-right:0px;--awb-border-radius-bottom-left:0px;--awb-flex-wrap:wrap;\" ><div class=\"fusion-builder-row fusion-row fusion-flex-align-items-flex-start fusion-flex-content-wrap\" style=\"max-width:1248px;margin-left: calc(-4% \/ 2 );margin-right: calc(-4% \/ 2 );\"><div class=\"fusion-layout-column fusion_builder_column fusion-builder-column-1 fusion_builder_column_1_3 1_3 fusion-flex-column\" 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