
Le 14 octobre 2025 représente une date historique en Belgique en termes de mobilisation sociale depuis des dizaines d’années. Grèves massives et services publics à l’arrêt, plus de 140 000 personnes se sont réunies dans les rues de Bruxelles pour dénoncer les mesures d’austérité prises par nos gouvernements et appeler à la solidarité. Ce jour-là vient marquer une longue période de mobilisation organisée en réponse aux décisions de l’Arizona (composé du MR, des Engagés, de Vooruit, de la N-VA et du CD&V), entrainant avec elles une réelle « casse sociale ». (1) Instagram
La colère sociale gronde face aux autorités répressives
À cette date, face aux manifestant·e·s (dont des familles et des enfants), une obstruction ferme des forces de l’ordre : matraques, insultes, usages disproportionnés de gaz lacrymogènes et canons à eau, interventions brutales, agressions et recours à la technique illégale de la « nasse »[2]. Bilan : 5 arrestations judiciaires, 20 à 30 arrestations administratives, 10 blessé·e·s graves, des dizaines de contrôles d’identité, des milliers de personnes gazées et réprimées. Différents médias et structures dénoncent les violences policières exercées pendant cette journée. Parmi celles-ci, et pas des moindres, la CGSP : un syndicat de policièr·e·s, qui demande la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire et rappelle que la police de Bruxelles et le bourgmestre actuel Philippe Close ont déjà été condamné·e·s pour usage excessif de la force.
Un recul alarmant des droits fondamentaux : quels droits et libertés en question ?
La manifestation du 14 octobre 2025 et les violences policières qui y ont pris place soulèvent des enjeux sociétaux et démocratiques. Ces attaques dressent le constat d’un réel « tournant sécuritaire inquiétant » et d’un « recul alarmant des droits fondamentaux », selon la Ligue des Droits Humains. À ce titre, différents organes font l’état d’un droit de manifester en danger ainsi que d’une augmentation de restrictions affectant la citoyenneté démocratique (que cela soit avant, pendant ou après la manifestation)[3]. Ces structures dénoncent une réelle régression qui menace les droits humains et la démocratie et risque de dissuader les citoyen·ne·s de participer au débat public. Pourtant, la liberté d’expression est un droit fondamental qui permet à toute personne d’exprimer ses opinions, d’accéder et de diffuser des informations, quel que soit le moyen. Il est consacré par différents textes de loi et est reconnu à tout individu, de manière universelle[4]. Comme toute liberté, il connait des limites (telles que l’interdiction d’incitation à la haine, à la violence, aux diffamations, aux insultes, à la protection de la santé publique, de l’ordre public, etc.). Le droit de manifester (ou droit à la liberté de réunion pacifique) est, quant à lui, un moyen d’expression collectif reconnu comme un droit et une liberté fondamentale. Le droit de manifester est une composante même du droit à la liberté d’expression[5].
Faire respecter nos libertés pour continuer de lutter
La liberté de manifester n’est pas absolue, mais toute restriction à cette liberté doit demeurer strictement encadrée et justifiée. Or, en Belgique, cette liberté fondamentale connait aujourd’hui une érosion préoccupante qui appelle à une vigilance accrue. Sans le droit de manifester, nombre d’acquis sociaux et démocratiques n’auraient jamais vu le jour. Les congés payés, le salaire minimum, la Sécurité sociale ou encore l’octroi du droit de vote aux femmes, en sont des acquis emblématiques. Les préserver, c’est défendre bien plus qu’un droit : c’est protéger le socle même de nos avancées collectives.
[2] La nasse est, selon le défenseur des droits humains en 2017, une « technique de privation de la liberté de se mouvoir au sein d’une manifestation ou à proximité immédiate de celle-ci, au moyen d’un encerclement par les forces de l’ordre, qui vise à les empêcher de se rendre ou de sortir d’un périmètre défini sur différents groupes de personnes ». Son illégalité provient du fait qu’elle n’est encadrée par aucune réglementation légale.
[3] Commission européenne, Rapport 2023 sur l’état de droit. Chapitre consacré à la situation de l’état de droit en Belgique, SWD (2023), 801 final, p. 29.
[4] Inscrit dans de nombreux textes tels que la Déclaration des Droits de l’Homme, la Convention internationale des Droits de l’Enfant, la Convention européenne des Droits de l’Homme et la Constitution belge.
[5] Articles 19 et 26 de la Constitution belge, articles 19 et 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, articles 19 et 20 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, articles 10 et 11 de la Convention européenne des droits de l’Homme, article 11 et 12 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Pour en savoir plus : https://tinyurl.com/5n977jzw.




