Campagne Sofelia – Parlons transidentités : Stop aux idées reçues !

Sur internet, on peut être confronté·e à des commentaires, articles ou publications prétendant que les transitions de genre seraient très (trop ?) accessibles et même gratuites car remboursées.
On vous arrête tout de suite : c’est faux. Mais pourquoi ?

De nombreuses transitions possibles

Toutes les personnes trans* [1] ne souhaitent pas forcément faire de transition. Il n’existe pas une transition unique, mais de nombreux parcours et choix différents : transitions sociales (par exemple, changement de nom à l’état civil), thérapies hormonales, opérations médicales, etc. Comme l’indique la RainbowHouse, « Il est impératif de ne pas médicaliser systématiquement […]. Cependant, il est tout aussi important de rendre ces choix accessibles à celleux qui souhaitent les explorer ». Or, « les options de transitions médicales ne sont pas aussi accessibles qu’elles devraient l’être. »

En effet, les personnes trans* font face à de nombreuses barrières concernant les soins qui leur sont spécifiques en cas de volonté de transition ou d’interrogations sur le sujet : psychiatrisation (voir plus bas), difficultés d’accès et de remboursements. Ajoutons à cela une série de soins qui ne sont pas du tout pris en compte, puisque considérés comme esthétiques (épilation, augmentation mammaire, etc.). Les personnes trans* sans papiers ou sans mutuelle sont encore plus éloignées de ces soins et de leurs remboursements [2].

La psychiatrisation, les remboursements et les délais

Il existe en Belgique 6 Centres d’accompagnement de la transidentité [3]. Ces Centres ont conclu avec l’Institut National d’Assurance Maladie-Invalidité (INAMI) une convention pour rembourser certains soins transspécifiques (psycho-sociaux voire médicaux). Mais cela ne se fait que sous certaines conditions, notamment suite à l’accord d’un·e psychiatre, ce qui est décrié par les associations qui souhaitent sortir les transidentités de tout diagnostic médical. De plus, certaines opérations très coûteuses n’y sont que partiellement remboursées et une seule fois. Enfin, de par leur petit nombre et leur disparité territoriale, ces Centres affichent de longs délais ainsi que des listes d’attente remplies. La Belgique fait partie des plus mauvais élèves de l’Union européenne concernant les délais pour les soins spécifiques pour les personnes trans*, avec 1 à 3 ans d’attente.

Le Réseau Psycho-médico-social Trans* et Inter* belge, créé par Genres Pluriels, est une alternative à la psychiatrisation des transidentités encore très présente. Il comprend de nombreuses·eux professionnel·le·s de la santé (hôpitaux, médecins et spécialistes, Centres de Planning familial, maisons médicales, etc.) formé·e·s aux transidentités.

Vu la méconnaissance du monde médical par rapport aux transidentités, les temps d’attente très longs, les disparités géographiques et les remboursements partiels, il est évident qu’entamer une transition, quelle qu’elle soit, n’est pas si facilement accessible. Ajoutons que toutes ces barrières peuvent pousser certaines personnes trans* à se fournir en traitements hormonaux de façon illégale ou à faire certaines opérations à l’étranger, dans des conditions médicales dangereuses.

Puisque chaque parcours est différent, il est nécessaire que les personnes trans* puissent choisir l’accompagnement dont elles ont besoin, et ce, sans barrière financière ou géographique et sans faire face à la transphobie déjà présente dans tous les aspects de la vie.

Pour déconstruire plusieurs idées reçues répandues sur les personnes trans* dans le domaine de la vie relationnelle, affective et sexuelle, Sofélia a lancé en 2025 la campagne Parlons transidentités : Stop aux idées reçues !

Informer sur les réalités des parcours des personnes trans* et déconstruire les idées reçues sur les transidentités participent à lutter contre la transphobie ambiante et persistante dans notre société.

[1] « Qualifie une personne dont l’identité de genre et/ou l’expression de genre diffère de celle habituellement associée au genre qui lui a été assigné à la naissance. Il s’agit d’un terme coupole, incluant une pluralité d’identités de genre, en fonction de l’auto-définition de chaque personne. ». Nous utilisons le mot « trans* » avec l’astérisque pour visibiliser cette pluralité de vécus. Voir DUFRASNE Aurore et al., Transgenres/Identités pluriel.le.s, Bruxelles, 2024.

[2] GENRES PLURIELS, « Les droits des personnes transgenres en Belgique », AMNESTY INTERNATIONAL, Agor@mnesty, 13/05/2025.

[3] Ces Centres, rattachés à des hôpitaux, se situent à Anvers, Bruxelles, Liège, Genk, Gand et Saint-Nicolas.

Autrice
AutriceJihan Seniora