Un atelier d’auto-santé de Femmes & Santé

L’auto-santé est une « dynamique qui permet aux femmes ou n’importe quel groupe de se réapproprier leur corps, leur santé et leur sexualité de manière collective [1] ». Cette approche aborde la santé au sens de bien-être global. Les thématiques peuvent donc aller de la santé sexuelle et reproductive à la santé mentale en passant par l’immunité, la santé du coeur, le sommeil, les liens sociaux ou encore la ménopause. Notre asbl Femmes & Santé organise des interventions ponctuellement selon les demandes.

La construction de savoirs communs

Cette pratique se base notamment sur le partage d’expériences, de savoirs, de vécus entre citoyennes mais vise aussi à développer une véritable compréhension de son corps, sa santé, ses droits et ses besoins. Il s’agit donc d’une démarche collective et participative qui favorise l’entraide entre femmes* [2] et dont les échanges se veulent les plus horizontaux possibles [3].

Pour Julia De Clerck, coordinatrice de Femmes & Santé et sage-femme : « le principe de l’auto-santé vise une réelle valorisation des savoirs expérientiels. La transmission de connaissances se fait de manière à ce que chacun·e soit sur le même pied d’égalité. L’idée est de déjouer au maximum les rapports de pouvoir entre celles·ceux qui détiennent les connaissances médicales reconnues et les autres ». Dans ces ateliers, les questionnements et les apports de chacun·e contribuent à la réflexion et à la construction de savoirs communs émancipés des cadres médicaux préétablis. Elle poursuit : « la posture d’organisatrice·teur ne doit donc pas placer la personne dans une position de supériorité par rapport au reste du groupe. Nous aimons de ce fait utiliser le terme de facilitatrice·teur».

Nés dans les années 1970 au sein de mouvements féministes intellectuels [4] et sans doute plus tôt sous d’autres formes, dans différentes régions du monde, les groupes d’auto-santé, ou de self-help en anglais, souhaitaient avant tout s’éloigner du cadre médical et des discours surmédicalisés [5].

Une pratique engagée

Cette approche féministe de la santé tient compte de différents déterminants : le genre, le fait d’être racisé·e, la situation physique, psychologique, sociale, économique, ou encore environnementale d’une personne. Elle remet aussi en question les rapports de domination dans la relation soignant·e-soigné·e et le manque de compréhension systémique de la santé des femmes*.

Le fait de valoriser les récits de femmes* et de les écouter change la donne puisque le cadre médical classique leur accorde souvent une place annexe dans les soins. L’accompagnement a tendance à surmédicaliser les vécus des femmes et des minorités de genre ou à minimiser leurs propos. Des études prouvent par exemple que les douleurs exprimées par les patientes sont régulièrement remises en question et que, par conséquent, leurs symptômes sont sous-évalués par les spécialistes, ce qui peut impacter le diagnostic et la qualité de la prise en charge.

Prendre en compte les spécificités que rencontrent les femmes et minorités de genre tout au long de leur vie est nécessaire pour un meilleur accompagnement et une meilleure prise en charge. Se baser, comme c’est le cas depuis des décennies, sur la norme masculine mène inévitablement à des inégalités de genre en santé et à des violences médicales et institutionnelles [6] .

Quelles perspectives pour l’auto-santé ?

Les demandes d’intervention de première ligne restent nombreuses de la part des actrices·teurs du secteur, notamment à Bruxelles et en Wallonie. Que ce soit à destination de professionnel·le·s ou plutôt du grand public, ces rencontres remportent bien souvent un grand succès. Cependant, le manque de financement accordé à ce type de projet ne permet pas toujours de répondre à la demande grandissante.

Pourtant, « promouvoir la santé des femmes, c’est reconnaître leurs compétences et les valoriser dans une optique d’autonomisation » [7] . C’est là tout l’enjeu de l’auto-santé : s’accorder le droit et l’espace de prendre sa santé en main. Cela ne signifie pas pour autant rejeter la médecine conventionnelle, mais plutôt développer une attitude critique par rapport à l’autorité médicale. Cela passe par exemple par le droit de poser des questions et d’obtenir des réponses claires, le droit de se voir proposer différentes alternatives ou encore le droit d’oser refuser une procédure de soin [8]. En somme, il s’agit de se saisir de sa santé et des enjeux qui en découlent en agissant soi-même pour améliorer sa qualité de vie.

[1] CORPS ECRITS et FEMMES ET SANTE, Notre santé sexuelle et reproductive, 2020, p. 6.

[2] En ce compris, les minorités de genre et les minorités sexuelles.

[3] FEMMES ET SANTÉ, FÉDÉRATION DES CENTRES PLURALISTES DE PLANNING FAMILIAL et LE MONDE SELON LES FEMMES, Référentiel Auto-santé des femmes, Les déclics du Genre, 2017, p. 11.

[4] CORPS ÉCRITS et FEMMES ET SANTÉ, Notre santé sexuelle… op. cit.

[5] FEMMES ET SANTÉ, FÉDÉRATION DES CENTRES PLURALISTES DE PLANNING FAMILIAL et LE MONDE SELON LES FEMMES, Référentiel Auto-santé… op. cit., p. 9.

[6] JACQUET Manoë, « Femmes, genre… op. cit.

[7] CORPS ÉCRITS et FEMMES ET SANTÉ, Notre santé sexuelle… op. cit., p. 7.

[8] FEMMES ET SANTÉ, FÉDÉRATION DES CENTRES PLURALISTES DE PLANNING FAMILIAL et LE MONDE SELON LES FEMMES, Référentiel Auto-santé… op. cit., p. 10.