
Manifestation du secteur non-marchand le 22 mai 2025 – Copyright Stéphanie Jassogne
Privés de l’attention de l’État, certains publics ont trouvé dans les associations un relais indispensable. Aujourd’hui, ces dernières dénoncent des inégalités persistantes et des leviers prometteurs en santé. Fortes de leurs expériences, nous avons demandé aux associations du réseau Solidaris leurs priorités dans ce secteur. Leurs réponses révèlent une réalité parfois alarmante de celles et ceux laissé·e·s pour compte.
LATITUDES JEUNES (ORGANISATION DE JEUNESSE)
La santé mentale des jeunes : écoute et solidarité
Dans nos centres de vacances, nous observons des signes de mal-être chez les enfants et les jeunes : certain·e·s s’isolent de manière excessive, d’autres expriment des idées suicidaires, traversent des crises d’angoisse, rencontrent des difficultés à gérer leurs émotions (colère soudaine, grande tristesse) ou encore souffrent de problèmes de sommeil. Ces situations, déstabilisantes pour nos équipes, confirment une tendance largement documentée : la santé mentale des jeunes se dégrade. En Belgique, une enquête de Sciensano [1] souligne qu’un·e jeune sur trois déclare un niveau de détresse psychologique élevé. Face à cette réalité, nous avons choisi d’écouter nos animatrices·teurs, d’analyser les situations vécues en centres de vacances, et de réfléchir ensemble à des pistes de réponses. Comment repérer, accueillir et accompagner ce mal-être ? Comment mieux se former, renforcer nos ressources et savoir passer le relais vers des professionnel·le·s compétent·e·s ? Un projet de recherche-action est en cours et se concrétisera en 2026, dans la continuité de notre collection des Guides-Repères. Ces outils pratiques, élaborés avec notre réseau de jeunes volontaires, présentent des situations réelles rencontrées sur le terrain (sexualité, bientraitance, alimentation) et proposent des pistes de réflexion et d’action pour réagir de manière collective et réfléchie. Ce sont avant tout les liens humains, nourris par l’écoute et la solidarité, qui constituent l’une des réponses les plus précieuses aux fragilités que traversent les nouvelles générations. Or, c’est précisément la mission des Organisations de Jeunesse : faire vivre le collectif, créer du lien et offrir des espaces où les jeunes se sentent entouré·e·s, écouté·e·s et reconnu·e·s.
ESENCA (ASSOCIATION DE DÉFENSE DES PERSONNES EN SITUATION DE HANDICAP)
Des soins de santé pour toutes et tous
Dans les prochaines années, la priorité absolue est de garantir un accès aux soins pour toute la population, dont les personnes en situation de handicap et/ ou à mobilité réduite. Aujourd’hui, plusieurs freins empêchent concrètement l’accès aux soins de qualité. Leur accessibilité n’est pas toujours garantie : le délai de rendez-vous en fonction de l’état de santé de la personne, l’accessibilité financière des soins (médecins non conventionnés) ou encore l’accessibilité physique des lieux de soins. L’état de santé de nombreuses personnes, notamment les malades chroniques ou en situation de handicap se dégradent, car elles ne peuvent pas obtenir un suivi de qualité dans un temps imparti (aggravation soudaine de l’état, par exemple). Concernant l’accessibilité financière des soins de santé, il convient de défendre des soins accessibles à toutes et tous, en défendant notamment le modèle de conventionnement. Enfin, pour les personnes au parcours de santé complexe, notamment dans le cadre de la prise en charge de multiples pathologies, il est important de travailler sur un projet de trajet de soins. Cela permet de prendre en charge la personne en tenant compte de l’ensemble de ses difficultés et besoins, sans morceler son accompagnement par pathologie ou médecin spécialiste. Une bonne collaboration entre les prestataires de soins médicaux, paramédicaux et d’accompagnement social est un modèle que nous défendons, au profit des personnes qui en ont le plus besoin.
SOFÉLIA (FÉDÉRATION DES CENTRES DE PLANNING FAMILIAL)
EVRAS et accès à l’IVG
Premièrement, l’interruption volontaire de grossesse(IVG) doit être accessible en Belgique à toutes les personnes en demande, sans pression sociale, sans tabou et sans culpabilisation. Cela passe notamment par la suppression des sanctions pénales qui pèsent encore sur les médecins et les personnes en demande, en cas de non-respect des conditions imposées par la loi actuelle. En parallèle, la lutte contre la pénurie de médecins pour pratiquer des avortements constitue un enjeu essentiel pour garantir un accès effectif à l’IVG. Deuxièmement, un accès égalitaire à l’EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) doit être garanti au sein de tous les établissements scolaires, et ce pour l’ensemble des réseaux d’enseignement, qu’ils ressortent de l’ordinaire ou du spécialisé. L’EVRAS est à valoriser dans des outils et des campagnes de sensibilisation afin de mettre en évidence ses bénéfices sur le bien-être des enfants et de déconstruire les idées reçues et les fausses informations qui circulent sur ces thématiques. Troisièmement, la lutte contre les violences basées sur le genre constitue un enjeu essentiel dans notre société où le patriarcat est encore très présent. La prise en charge des victimes de violences basées sur le genre doit être assurée de la même manière dans tout le pays. En parallèle, les formations des professionnel·le·s (dans les domaines de la police, de la justice, de la santé ou de l’enseignement) à ce sujet doivent être évaluées, intensifiées et améliorées.
UN PASS DANS L’IMPASSE (CENTRE DE PRÉVENTION DU SUICIDE)
Agir face à l’urgence suicidaire
La prévention du suicide constitue un enjeu majeur de santé publique. Chez Un pass dans l’impasse, structure active en Wallonie et à Bruxelles, trois priorités guident l’action. Le premier enjeu concerne la prévention du suicide, avec un focus sur les adolescent·e·s, dont le mal-être croît fortement, avec anxiété, dépression et idées suicidaires en augmentation. Ce mal-être reste souvent invisible, car beaucoup d’adolescent·e·s ne reconnaissent pas leurs troubles ou hésitent à en parler par peur du jugement. Quel que soit l’âge, l’association s’engage au quotidien à détecter précocement ces signaux, à mobiliser sa communauté de sentinelles (des citoyen·ne·s formé·e·s gratuitement à la détection) et à proposer une prise en charge rapide et adaptée pour réduire la souffrance et limiter le passage à l’acte. Le deuxième enjeu est l’accompagnement des proches endeuillé·e·s par le suicide, confronté·e·s à un deuil complexe et douloureux, chez qui le risque suicidaire reste élevé. Le troisième enjeu, également prioritaire, touche la santé mentale des entrepreneuses·eurs et des indépendant·e·s. Depuis la pandémie, l’augmentation des faillites fragilise celles et ceux qui portent leur entreprise, avec des conséquences sur leur équilibre psychologique et leurs proches. L’association agit pour briser leur isolement et leur offrir un soutien adapté à leurs réalités. En couvrant prévention, intervention en crise et soutien psycho-social post-crise, Un pass dans l’impasse incarne une réponse globale et essentielle face à cette problématique de santé publique.
LIAGES (ASSOCIATION DE DÉFENSE DES DROITS DES SENIORS)
La santé des seniors : entre polymédication, prévention et relation thérapeutique.
Au-delà de la prise en charge des pathologies, plusieurs enjeux déterminent la qualité de vie des personnes âgées. D’abord, l’adaptation aux spécificités
physiologiques : le vieillissement altère notamment la façon dont l’organisme gère les médicaments. Cela crée un terrain propice aux complications, ce qui augmente les risques liés à la polymédication, fréquente chez les seniors. Face à cette complexité, une prise en charge globale s’impose, dépassant le seul traitement curatif. L’approche holistique des soins palliatifs, définie par la loi belge de 2002 pour inclure les dimensions physique, psychique, sociale et morale, et enrichie en 2016 des dimensions existentielle et spirituelle, illustre un accompagnement multidisciplinaire aux patient·e·s et à leurs proches. En outre, la qualité de la relation thérapeutique s’avère déterminante : les seniors désirent un dialogue et une relation symétrique avec leur médecin. Le temps de consultation, la disponibilité et l’écoute active sont cruciales·aux pour une prescription éclairée et respectueuse de l’autonomie. Enfin, la prévention est
un élément essentiel, avec notamment la promotion d’une activité physique adaptée, dont les bienfaits physiques et psychiques favorisent l’autonomie. Optimiser la santé des seniors nécessite une approche intégrée : prescription raisonnée, prévention active et relation de soin collaborative reconnaissant l’expertise des patient·e·s.
SERVICE DE PROMOTION DE LA SANTÉ – SOLIDARIS
La littératie en santé, un levier d’égalité
La précarité financière demeure un frein majeur à l’accès aux soins de santé, touchant particulièrement les femmes et les familles monoparentales. Ce renoncement, souvent contraint, aggrave les inégalités sociales de santé et fragilise la santé physique et mentale des personnes concernées. Les déterminants sociaux et économiques, tels que le niveau de revenu, l’accès à l’emploi ou encore la charge familiale, influencent directement la capacité à se soigner. Dans ce contexte, il est essentiel de défendre un système de santé inclusif, garantissant à chacun·e un accès effectif aux soins et à la prévention. La dégradation de l’environnement accentue encore ces inégalités. Les populations les plus vulnérables sont davantage exposées à la pollution de l’air, aux risques d’inondations ou à d’autres nuisances environnementales, ce qui impacte leur santé de manière disproportionnée. Ces inégalités environnementales s’ajoutent aux inégalités sociales. Face à ces défis, l’ensemble des acteurs mutualistes, associatifs et socio-sanitaires s’engage quotidiennement à renforcer la littératie en santé de leurs publics. Il s’agit de donner à chaque personne les moyens de comprendre, d’évaluer et d’utiliser l’information en santé pour faire des choix éclairés. Cette démarche vise à réduire les inégalités, à favoriser l’autonomie et à promouvoir une société plus juste.
SORALIA, ASSOCIATION POUR L’ÉGALITÉ DES FEMMES ET DES HOMMES
La santé GLOBABLE des femmes
Les inégalités entre les femmes et les hommes peinent à être prises en considération dans les politiques de santé publique, dans le parcours de soin et durant les formations médicales. De plus, les recherches médicales se basent sur le standard masculin. Les scientifiques s’intéressent peu au fonctionnement des corps des femmes. Selon les lieux et les contextes, ces inégalités peuvent s’avérer tantôt sous-évaluées, tantôt teintées de stéréotypes, laissant bien souvent des discriminations se reproduire, générant des impacts particulièrement dramatiques pour la santé des femmes.
[1] Sciensano (2022). Enquête de santé : santé mentale et bien-être chez les jeunes en Belgique.



