
C’est un constat alarmant qui ressort de l’étude menée par Solidaris auprès de ses affilié·e·s : en onze ans, les admissions à l’hôpital pour tentative de suicide ont augmenté de 44 %, entre 2013 et 2024. Si c’est chez les jeunes âgé·e·s entre 13 et 24 ans que les hospitalisations pour tentative de suicide ont pratiquement doublé sur cette période, l’étude révèle des résultats singulièrement élevés chez les femmes et en particulier chez les jeunes filles.
Les tentatives de suicide : un phénomène qui touche davantage les femmes que les hommes
Actuellement, 5 Belges se suicident par jour. En dépit de la baisse observée depuis 2011, la Belgique continue d’afficher un taux de mortalité par suicide très élevé par rapport à la moyenne des pays européens : 14,3/100.000 habitants (vs 10,24/100.000 habitants). En 2022, 1.208 hommes et 554 femmes se sont suicidés en Belgique. Si les hommes sont proportionnellement plus nombreux à se donner la mort que les femmes, celles-ci sont significativement plus touchées par les tentatives de suicide. L’étude de Solidaris confirme cette tendance : entre 2013 et 2024, les femmes sont systématiquement plus nombreuses que les hommes à être hospitalisées pour tentative de suicide.
Des écarts entre les hommes et les femmes qui s’accentuent encore plus parmi les enfants et les jeunes âgés entre 8 et 25 ans. Parmi ceux-ci, les filles et les jeunes femmes sont beaucoup plus nombreuses à être admises à l’hôpital pour tentative de suicide. Les résultats analysés par Solidaris sont édifiants : au niveau national, les filles de 11-13 ans et de 14- 16 ans ont un taux d’hospitalisation pour tentative de suicide 5 fois supérieur à celui des garçons des mêmes tranches d’âge, tandis que chez les jeunes femmes âgées entre 17 et 19 ans, ce taux est trois fois plus élevé que chez les garçons de la même tranche d’âge.
Genre, âge et précarité : une accumulation de vulnérabilités qui se renforcent mutuellement
Si l’âge apparait comme un facteur déterminant de passage à l’acte, l’analyse en termes de genre est également très révélatrice de la manière dont s’exprime le mal-être chez les jeunes, dont la santé mentale ne cesse de se dégrader, et ce, déjà avant le Covid. D’après l’enquête récente de Sciensano portant notamment sur la santé mentale et sociale des adolescents, « en 2022, les filles se percevaient en moins bonne santé, déclaraient davantage de symptômes psychosomatiques et se sentaient plus seules que les garçons ».
Interrogée sur les passages aux urgences et les gestes suicidaires plus nombreux chez les filles que chez les garçons, la pédopsychiatre Fanny Gollier-Briant insiste sur l’impact durable des violences sexistes et sexuelles sur la socialisation des filles et des jeunes femmes. Rapportant les effets profondément délétères sur la construction de l’image de soi et du rapport au corps, elle souligne que « dans un monde structuré par les rapports de pouvoir, les filles sont dominées à la fois à cause de leur âge et de leur genre. Les filles vont subir du sexisme, de la misogynie, une charge mentale plus importante, notamment des injonctions liées au corps, au rôle performatif de genre. On peut sentir très tôt qu’on fait partie des dominées ». Cela se traduit par une augmentation des gestes auto-agressifs, des troubles du comportement alimentaire ou encore par des comportements addictifs.
Par ailleurs, une analyse intersectionnelle permet de préciser encore davantage de quelle façon des vulnérabilités spécifiques se renforcent mutuellement parmi certains groupes de la population. En effet, l’étude menée par Solidaris permet de mesurer combien la précarité, associée à l’âge et au sexe, constitue un facteur aggravant des tentatives de suicide. De façon persistante, entre 2013 et 2024, les femmes et les personnes plus fragilisées socioéconomiquement (BIM [1]) sont toujours plus nombreuses à avoir été admises à l’hôpital pour tentative de suicide et, à nouveau, particulièrement chez les jeunes adultes entrant dans la vie active.
Face à ces constats et à l’ampleur des besoins, le phénomène des tentatives de suicide est plus que jamais aujourd’hui un enjeu de santé publique. Il y a véritablement urgence pour renforcer et améliorer une prise en charge adaptée aux besoins spécifiques des publics les plus vulnérables : les femmes, les jeunes et les personnes précarisées.
[1] Bénéficiaire de l’intervention majorée.



