
Dans l’Altiplano bolivien, Jhovana Mamani incarne la résilience face aux défis climatiques et économiques. Elle cultive la terre avec détermination, innovant pour s’adapter et inspirant sa communauté. Son récit illustre la lutte des femmes pour une agriculture juste, écologique et autonome.


L’agriculture est un secteur clé de l’emploi féminin dans le monde. Les femmes y représentent plus de la moitié de la main-d’oeuvre, mais elles occupent principalement des emplois précaires : informels, peu qualifiés, à temps partiel ou saisonniers et avec peu de possibilités de renforcement des compétences. À cette vulnérabilité professionnelle s’ajoute la charge domestique et familiale qui limite leur accès à l’éducation, à la formation professionnelle et à l’autonomie économique. Par ailleurs, l’insécurité alimentaire est plus élevée chez les femmes que chez les hommes : 60 % de la population souffrant de la faim chroniquement sont des femmes.
Les effets du changement climatique exacerbent les inégalités de genre existantes. Les femmes, notamment celles vivant en milieu rural, sont souvent les plus touchées par les déplacements de population, l’insécurité alimentaire et la pénurie d’eau, en raison de leur rôle social et de leur manque d’accès aux ressources et au pouvoir de décision. De plus, le changement climatique a des répercussions sur la santé des femmes : les vagues de chaleur extrêmes affectent la fertilité et accroissent les risques pendant la grossesse, tandis que les violences sexuelles augmentent dans les contextes de pénurie de ressources et de catastrophes.
Le rôle des femmes dans l’agriculture est donc crucial lorsqu’on aborde la question d’une transition qui puisse être écologique, mais en même temps juste et équitable pour les travailleuses∙eurs de ce secteur, spécialement dans les pays du Sud.
Solsoc est allé au coeur de l’Altiplano bolivien pour rencontrer Jhovana Mamani, agricultrice à Roma, un petit village isolé à plus de 4000 m d’altitude qui se compose de quelques maisons au creux d’une vallée. Ici, les conditions agricoles sont rudes : la météo changeante met constamment à l’épreuve la production locale et les effets du changement climatique sont tangibles. Jhovana travaille dans les champs et dans les serres pour cultiver ses légumes biologiques et elle suit des formations professionnelles. Elle incarne une nouvelle génération de productrice·teur·s qui choisissent de rester, déterminé·e·s à faire vivre leur terre malgré les obstacles. Nous lui avons posé quelques questions.
Quels effets du changement climatique observez-vous dans votre communauté ?
Le changement climatique est une réalité ici. Nous souffrons de la sécheresse et du manque d’eau. Les gelées tombent parfois trop tôt, la grêle détruit les cultures de tubercules et de fourrages, et les vents violents endommagent même nos serres. Tout cela réduit considérablement la production.
La migration des jeunes est-elle un problème ?
Oui, beaucoup de jeunes quittent la communauté pour aller en ville ou à l’étranger, en quête de revenus. Par ailleurs, depuis que nous travaillons avec le programme de Solsoc, nous avons des opportunités économiques ici. Moi-même, je suis restée, je cultive dans mes propres serres et je génère mon revenu. Cela encourage d’autres jeunes à rester et à travailler avec leurs familles. Nous participons aussi à des formations sur l’égalité de genre et sur la gestion de projets.
Quels projets avez-vous développés pour vous adapter ?
Nous avons installé des serres où nous produisons toute l’année. En cas de sécheresse, nous utilisons des systèmes de micro-irrigation goutte à goutte, qui économisent l’eau en l’amenant directement à la racine. Nous pratiquons la rotation des cultures, la diversification et la production agroécologique.
Quel rôle jouent les productrices et producteurs dans une transition juste ?
Nous travaillons collectivement. Dans notre association, nous nous entraidons : par exemple, pour installer les toitures des serres, plusieurs familles se mobilisent ensemble. Cette solidarité est essentielle. Nous avons appris à produire nos propres semences et à fabriquer des biofertilisants. Cela nous rend plus autonomes et garantit des aliments sains. Grâce au système participatif de garantie, nos produits biologiques sont certifiés.
Si vous pouviez envoyer un message aux responsables politiques du monde, que leur diriez-vous ?
En Bolivie, nous vivons une crise économique. Nous demandons aux leaders mondiaux de continuer à soutenir les projets stratégiques et innovants pour les productrices et producteurs et les familles rurales. L’agroécologie est fondamentale.




