La vie n’est pas toujours facile. Pourtant dans la grisaille, certaines illuminent nos quotidiens. Nous avons demandé à nos lectrices, ces petits moments d’entraide entre femmes qui les ont profondément marqués. Qu’elles soient des amies, des membres de leur famille ou même des inconnues, ces histoires nous prouvent qu’avec un geste, une parole, on peut se sentir moins seule.

Sonia

Francine, ce n’est pas seulement une amie. C’est une partie de moi.

Cela fait plus de trente ans qu’elle est dans ma vie. Et la vie ne l’a jamais épargnée. Quand elle a enfin osé quitter son premier mari et retrouver son amour d’enfance, alors qu’elle commençait enfin à connaître le bonheur, les problèmes de santé se sont enchaînés. D’abord une grave opération du coeur, puis de lourdes complications, ensuite un cancer avec métastases, et enfin un AVC qui l’a laissée hémiplégique, avec d’importantes difficultés pour parler.

Et pourtant, malgré tout cela, Francine a toujours continué à être là pour moi. Je n’oublierai jamais ce moment de janvier 2025. Je venais de vivre une séparation très violente, trois jours plus tôt, et je suis allée la voir à l’hôpital en essayant de faire comme si de rien n’était. Francine parlait à peine, mais elle m’a regardée et m’a demandé : « Ça va ? » Je n’ai pas répondu. Alors elle l’a répété une deuxième fois. Puis une troisième. Avec toute la force qu’il lui restait.

Cette scène m’a bouleversée. Elle était dans une chaise roulante, très diminuée, et malgré cela, elle sentait que je n’allais pas bien. Même dans cet état, elle trouvait encore l’énergie de me tendre la main.

Francine a toujours été comme ça. Malgré la maladie, malgré les hospitalisations, malgré les pertes, elle a continué à m’écouter, à me soutenir, à ressentir mes silences et mes chagrins.

Francine, ce n’est pas juste une amie. C’est une femme d’un courage immense, et une présence irremplaçable dans ma vie.

Véronique

Durant 17 années, je me suis éteinte dans le silence d’une relation sous contrôle coercitif [2]. Dehors, il apparaissait « si gentil », nous formions la famille idéale… Dedans, je me débattais pour survivre et offrir à mes enfants une sérénité impossible.

Je m’enfonçais dans l’ombre. Incapable de les protéger. Et pourtant, je m’interdisais d’agir, prisonnière de cette idée reçue que la société nous impose, insidieusement : un enfant doit avoir son père, peu importe la toxicité de la relation.

Je subissais ce contrôle coercitif en silence, jusqu’à ce que mon médecin me bouscule.

Elle a balayé d’un revers de main ces injonctions sociales qui nous culpabilisent. En me disant : « Madame T, si pour protéger vos enfants vous devez faire en sorte qu’ils ne voient plus leur père, alors battez-vous pour qu’il ne les voie plus. », elle m’a délivré un permis de protéger. Elle a été ma claque, ma bouée, mon levier. Cette sororité médicale, ce geste d’humanité brute, nous a sauvés.

Grâce à elle, j’ai trouvé la force d’obtenir, non sans mal, la garde et l’autorité exclusive.

Aujourd’hui, j’ai transformé cette douleur en expertise : je suis diplômée en psychotraumatologie et victimologie à l’ULB et j’accompagne à mon tour des femmes victimes de contrôle coercitif. À travers leurs combats, je mesure chaque jour ma chance et la puissance d’une parole qui libère. Elle l’ignore probablement, mais cette médecin a changé notre vie.

Sadia

J’ai eu la chance de rencontrer une amie qui m’a beaucoup aidée dans les moments difficiles, et qui continue aujourd’hui à me soutenir moralement dans ma souffrance.

Sa présence, son écoute et sa bienveillance ont été pour moi un véritable réconfort. Grâce à elle, je me sens moins seule et plus forte pour affronter les épreuves. Elle a su être là sans jugement, avec sincérité et patience, et cela compte énormément pour moi.

Je tiens à exprimer toute ma gratitude pour son soutien constant. Son aide a une valeur immense, et je lui en serai toujours reconnaissante.

Maria

C’est ma meilleure amie, qui m’a donné le coup de pied aux fesses pour lancer mon activité. Cela faisait un an que je bidouillais ma production de tisane en indépendante complémentaire et la saison avait été rude. J’avais perdu les trois quarts de ma production à cause des inondations de 2021 et le découragement commençait à m’envahir. On m’avait toujours dit que c’était impossible de vivre de la tisanerie alors je m’étais jusque là contentée de vivre ma passion à côté d’un boulot stable dans le maraîchage. Mais le temps me manquait pour faire les choses et je n’arrivais pas à donner à mon activité l’énergie que j’aurais aimé lui consacrer.

Mon amie Laura a l’art de vous dire les choses cash et de vous secouer franchement par moment. Elle m’a toujours fait sortir de ma zone de confort, en me poussant en dehors et en me montrant que j’étais capable de le faire. Je suis passée de la fille pas très débrouillarde qui demande de l’aide dès qu’il faut mettre les mains dans le cambouis à la meuf badass qui montre à son mec comment réparer un store de velux juste avec un tuto YouTube et une bonne dose de conviction. Elle m’a donné la force d’oser faire les démarches pour me faire accompagner dans la création de ma petite entreprise. Elle a tellement de force quand elle croit en quelque chose que ça rayonne autour d’elle et que c’est impossible de ne pas y croire aussi ! Aujourd’hui, ça fait un peu plus de 4 ans que je vis de mon activité de tisanière.

Ce n’est pas tous les jours facile, je ne suis pas encore capable de me payer correctement, mais le projet grandit et j’espère que j’y arriverai un jour. Mais le plus important, c’est que même si demain ça s’arrête, j’aurai essayé, j’aurai fait ce que j’aime pendant plus de quatre années et j’aurai réalisé mon rêve. Tout ça, sans la confiance et la force de Laura je n’y serais jamais arrivée !

Laurie

Merci à cette femme que je connaissais juste un peu et qui m’a hébergée dans sa maison apaisante à la campagne avec ma petite fille après que j’ai fui mon domicile.

Indra

Il y a des rencontres qui ne s’expliquent pas, des liens qui naissent sans prévenir. J’ai 39 ans et au détour d’une reconversion, je ne pensais pas trouver plus qu’un nouveau chemin professionnel… Elle était là, discrète et forte à la fois, portant la vie, portant aussi ses peurs, ses silences, sa solitude. Jour après jour, nos regards se sont apprivoisés, nos mots se sont cherchés, puis trouvés… jusqu’à ne plus se quitter (même à distance).

Les mois ont passé, et avec eux, l’attente, les doutes, les battements de coeur plus forts. Elle me confiait ses craintes et moi, simplement, je lui offrais ce que j’avais : un peu de douceur, un peu de présence, un peu « d’amour », sans condition. Elle disait être seule… mais elle ne l’était déjà plus.

Puis un soir, la vie a frappé à sa porte. Le moment était venu. Elle est partie à l’hôpital… seule. Mais le destin en a décidé autrement. Je l’ai rejointe, guidée par quelque chose de plus fort que les mots. Je suis restée, comme on veille une lumière fragile, comme on tient une main dans la nuit.

Et dans ce souffle nouveau, dans ce premier cri, dans cet instant suspendu… Je ne suis pas devenue seulement témoin, je suis devenue famille. Depuis ce jour-là… je suis devenue tata.

Vanessa

Dans le cadre d’un divorce pour violences conjugales, mes collègues (qui sont également devenues mes amies) ont été un soutien plus que précieux. Elles m’ont apporté leur aide, surtout leur écoute et ont été là à chaque étape en passant par l’audience au tribunal jusqu’au jugement. Sans elles, je n’aurais peut-être pas pu aller jusqu’au bout. Je suis aujourd’hui reconnue en tant que victime de violences conjugales et ces femmes généreuses et bienveillantes y ont énormément contribué.

Merci à Alyssa, Lena, Thérèse et Fanny.

Chantal

Des femmes, sportives ou non, de tout âge, se retrouvent chaque vendredi dans un hall de basket. Elles ont commencé simplement.

En tant que mamans d’enfants du club. À taper dans un ballon. À courir un peu. À rire beaucoup. C’était il y a quatre ans.

Et puis quelque chose s’est passé. De ces échanges un peu maladroits sont nées de vraies relations. De la confiance. De la présence. Une équipe. Une vraie. Et des progrès sportifs bien sûr.

Aujourd’hui, elles ont entre 34 et 63 ans. Beaucoup DOSSIER Témoignages 13 autour de la quarantaine. Cet âge charnière. Celui où la vie peut bousculer.

Des doutes dans sa vie amoureuse. La perte d’un être cher. Une séparation. Une maladie. Des doutes au travail. Des remises en question. Une fatigue immense. Des peurs qu’on n’avoue pas toujours. Et pourtant, chaque semaine, elles sont là. Pas toutes à chaque fois, mais presque.

Différentes. Complètement différentes. Par leurs métiers. Leurs parcours. Leurs opinions. Leurs tempéraments. Leur histoire. Et c’est ça qui fait leur force.

Parce qu’au milieu de tout ça, il y a quelque chose qui s’est construit. Quelque chose de rare. Une bienveillance sans condition. Mais au-delà de ça, il y a un socle commun. On se soutient. On s’écoute. Vraiment. On prend des nouvelles. On verse parfois une petite larme. On se relève. On va danser. Décompresser. Chanter.

Parce que parfois, il suffit d’un ballon, d’un coach bienveillant, d’un vendredi soir, et d’un groupe de femmes pour se sentir un peu moins seule.

Solène

Une amie, rencontrée aux études, en 2004 : on fait partie d’un même groupe d’ami·e·s, puis des choix d’études et de vie nous éloignent. On se revoit de temps en temps, sans plus d’affinités.

Puis, arrive ce jour de juillet 2024 où notre maison fait face aux inondations, M. arrive avec d’autres et son sang-froid nous a sauvés. On surélève ce qu’on peut, mais alors que je suis habituellement très organisée, je suis sous le choc, je perds pied. Et elle, elle gère, avec notamment cette phrase qui restera à jamais gravée dans mes souvenirs : « emporte tes affaires précieuses et des vêtements pour 10 jours ». Heureusement, la maison a tenu bon et après 7 mois de travaux, on a pu la réintégrer.

Cet épisode a relancé et renforcé notre amitié plus que tout.

Nora

Nous sommes 7.

7 métiers différents, 7 parcours singuliers. Nous sommes en couple, séparées, célibataires et/ou amoureuses.

À nous 7, on cumule 8 enfants, le 9e est en route. Le 10e est espéré. Il y a plus d’un an, nous avons particulièrement resserré nos liens, autour du deuil de l’une d’entre nous. Depuis, nous sommes 7 à nous épauler, encourager, conseiller, à nous accorder de la valeur. Par des messages quotidiens, des activités militantes ou culturelles, des marches, lors des “soirées du G7” où le vin, les larmes et les rires coulent librement. Des soirées sans hommes ni enfants. Des soirées où chacune est pour quelques heures réellement libérée.

Nous sommes 7 et nous faisons corps et front face aux horreurs du monde, dans nos dilemmes de mères, nos féminismes, nos agacements, nos contradictions, nos colères légitimes.

Nous sommes 7 et nous nous surprenons mutuellement d’être si solidaires, si présentes l’une pour l’autre.

Pour longtemps encore je l’espère, nous sommes 7.

Lydia

Un jour sur le quai du métro, une fille m’a tendu un pansement. Elle m’a dit « Je trouve vos chaussures canons, mais en les regardant, j’ai vu qu’elles avaient l’air de vous faire souffrir, on connaît toutes ça ». Franchement elle m’a vraiment sauvé la mise et en plus m’a complimenté. Une reine.

Orlane

J’ai la chance d’être entourée de femmes merveilleuses dans ma vie, et ce depuis toujours. En décembre 2024, j’ai perdu la plus importante de toutes : ma Maman. Pilier de ma vie. Pilier de la famille.

Suite à cette perte brutale, les élans d’amour de tous mes groupes d’amies ont été d’un soutien indéfectible. Des pensées, des paroles, des poèmes, des livres, des objets symboliques, des messages quotidiens, des étreintes, des silences précieux, des présences, de l’amour, profond, vrai, grand.

Toutes ces manifestations m’ont aidé, et m’aident encore aujourd’hui, à avancer jour après jour, et d’accueillir la résilience avec douceur.

À mes amies, mes amours, mes Coupines, mes collègues, mes soeurs de sang et de coeur, mes tantes, mes cousines, mes RP, mes bibiches, mes b*tchachos, et toutes les autres que je ne cite pas, mais qui sont là… je vous aime si fort ! Merci pour tout.

[1] La plupart des noms présents dans l’article ont été modifiés.

[2] Comme évoqué dans la loi féminicide de 2023, le contrôle coercitif est « un ensemble de comportements coercitifs ou de contrôle, continus ou répétés, qui causent un dommage psychique. En d’autres termes, il s’agit d’un schéma de comportements visant à contrôler un·e partenaire tout en le·la privant de ses ressources et de sa liberté. » Pour en savoir plus : https://igvm-iefh.belgium.be/fr/themes/ violences/violences-entre-ex-partenaires/controle-coercitif

Autrice
AutriceElise Voillot