Alors que nos secteurs sont attaqués de toute part, notre Secrétaire générale Noémie Van Erps nous invite à imaginer le monde d’après et à nous réinventer en tant que militant·e·s et structures associatives.

Comment te positionnes-tu face au contexte actuel ?

Comme un grand nombre de citoyen·ne·s, d’actrices du secteur socioculturel, je suis particulièrement inquiète. Les gouvernements actuels attaquent nos droits les plus fondamentaux en matière de santé, de politique familiale, de logement… les mesures politiques de cette mandature renforcent les vulnérabilités et les inégalités sociales. C’est l’ensemble de notre démocratie qui est attaqué : syndicat, mutualité, secteur non marchand, presse. En tant que citoyenne, on ne peut rester insensible face à ce contexte. Plusieurs émotions peuvent s’emparer de nous : colère, peur, fatalisme, négation… c’est humain.

Pour Soralia, nous devons partir de ces colères individuelles pour faire remonter des revendications collectives et militantes. Nous devons, d’une part, maintenir nos activités dans la continuité de notre travail avec nos publics et partenaires. Par nos animations, activités, publications et présence dans divers lieux, nous participons à l’amélioration de la qualité de vie de nos publics. Nous sommes, dans certains cas, les derniers filets de sécurité et de proximité.

D’autre part, ce contexte doit nécessairement nous requestionner sur notre rôle dans la société actuelle. Nous devons opérer une réflexion profonde sur notre capacité à toucher les publics les plus lourdement impactés par les mesures politiques.

Pourquoi est-il essentiel de continuer à lutter aujourd’hui ?

Pour moi, il est important de prendre conscience que derrière chaque droit se cache une lutte sociale qui a été menée par des femmes et des hommes à travers le temps. Le fait d’aller voter, d’accéder à une pension digne, de bénéficier d’une protection santé, de pouvoir disposer librement de son corps sont des combats du passé que nous ne questionnons plus aujourd’hui. Pourtant, quand on observe l’actualité internationale et belge, que l’on s’arrête sur les mécanismes politiques qui sont en place et qui sont portés par la droite et par l’extrême droite, on se rend compte que ces droits que nous pensions immuables sont bien plus fragiles qu’il n’y paraît.

Aujourd’hui, nous devons lutter pour préserver les droits acquis par le passé, mais également pour améliorer nos conditions de vie dans de nombreux domaines. Il faut continuer à revendiquer une vie plus digne pour toutes et tous, pas que pour sa petite personne, mais pour l’ensemble des citoyens et citoyennes en Belgique ou à travers le monde, dans une approche de solidarité internationale.

Quels sont tes conseils à donner aux militant·e·s en devenir ?

Il faut réinvestir et se réapproprier la notion de lutte. Nous devons repenser notre manière de traduire nos combats, notre projet de société. Proposer des nouvelles formes de militance et de mobilisation dans une approche plus « joyeuse », « de proximité » et en convergence avec les autres membres de la société civile.

Nous devons refuser de baisser les bras. Les plus beaux exemples de lutte à travers l’histoire nous montrent que rien n’est impossible. Se mobiliser, c’est faire sortir les gens de chez soi, se rassembler, réfléchir. Il n’y a pas de petite victoire, car quand on met toutes ces réussites, même minimes, bout à bout, on se rend compte qu’on a fait bouger les choses.

Autrice
AutriceElise Voillot