Suisse 1943. Alors que la guerre bat son plein, Emma, 15 ans, se fait violer et tombe enceinte. Dans sa communauté engluée par le conservatisme et l’hypocrisie, la jeune femme se bat pour obtenir sa liberté. Rencontre avec la réalisatrice Marie-Elsa Sgualdo.

Alors que le mouvement #MeToo a prouvé que les voix des femmes pouvaient être entendues, Silent rebellion nous montre que les révoltes naissent parfois aussi dans le silence. À travers un film contemplatif, Marie-Elsa Sgualdo impulse un female gaze particulièrement vivifiant. Tout passe à travers les yeux d’Emma, la protagoniste. Malgré son objectification/son exploitation au sein de la société elle reste un sujet à part entière et s’émancipe du regard d’autrui.

Comme l’explique la réalisatrice «  Emma ne sait pas mettre des mots sur ce qu’elle vit, elle est en train d’apprendre à exprimer ce qu’elle ressent. On a travaillé sur la perception de son intériorité à travers ses silences. On a beaucoup joué sur les détails dans la mise en scène ».

Malgré le prisme historique, le film délivre un propos étonnamment contemporain et universel, notamment sur les violences systémiques subies par les femmes. Aux violences sexuelles se mêlent les violences économiques et verbales. « On a beaucoup travaillé par le récit avec nos ressentis. On avait lu des choses sur les violences et nos intuitions ont corrélé avec la réalité. Quand on s’est renseigné auprès d’historiens, notre intuition s’est également confirmée. On a pu voir l’exploitation des ouvrières et comment cette société capitaliste et patriarcale considère les femmes. L’Europe d’hier fait écho à l’Europe d’aujourd’hui. »

Le réalisme et la puissance du personnage s’expliquent notamment par la présence des femmes à des postes clés de la production : « Pour moi c’était évident d’écrire avec une femme (Nadine Lamari NDLR) parce qu’on traverse des réalités dans notre chair qu’un homme même avec de la bonne volonté ne pourra pas comprendre. À la production c’était aussi fondamental, car il n’y a qu’une femme qui peut défendre ce type de projet et permettre son financement. Je ne suis pas pour autant fermée à l’idée de travailler avec des hommes sensibles à ces questions comme par exemple Benoit Dervaux, chef opérateur issu du documentaire et collaborateur régulier des frères Dardenne ».

Sans pathos, Silent rebellion est un film touchant et profond. À découvrir absolument !

Autrice
AutriceElise Voillot