Analyse rédigée par Alice Nucci
La raison principale qui a motivé cette recherche est de comprendre comment la fachosphère est parvenue à s’ancrer progressivement dans les mentalités, jusqu’à trouver une traduction dans les bulletins de vote et, plus largement, dans des résultats électoraux. Les idées d’extrême droite se sont progressivement diffusées dans les différents espaces de la société, y compris en dehors des institutions et des organisations politiques traditionnelles. Les graines idéologiques semées, ont pris racine et contribué à réhabiliter des idées que l’on pensait révolues.
L’extrême droite partage par ailleurs certains codes discursifs et certaines grilles de lecture avec des figures et des mouvements qui ne se revendiquent pas nécessairement comme politiques, notamment au sein des mouvements antiféministes1. Les deux proposent une lecture simplifiée des réalités sociales (problème-solution) ; s’appuient sur des frustrations et des mal-être bien réels dont les causes sont attribuées à des boucs émissaires. Des expériences personnelles sont transformées en récits politiques qui favorisent l’adhésion à une certaine idéologie.
L’objectif de cette analyse est de définir l’extrême droite à partir de la diversité de ses incarnations afin de mieux comprendre les formes qu’elle adopte et de lui opposer des résistances ciblées. L’antiféminisme produit et diffuse des représentations sociales fondées sur la victimisation des hommes, présentés comme les victimes d’un monde qui les condamnerait et les empêcherait d’exprimer pleinement leur virilité. Cette idéologie participe ainsi à la construction d’une certaine vision du monde, largement partagée également par l’extrême droite, selon laquelle la société serait progressivement façonnée et dominée par les féministes et les « wokistes ».
Cette analyse vise à montrer comme l’antiféminisme peut être compris comme une stratégie de diffusion idéologique permettant de toucher un plus large public, y compris des personnes éloignées des formes traditionnelles de l’extrême droite, tout en contribuant à l’unification de certains récits politiques qu’elle défend.